Peindre… Tout commence ici, au coeur même de la terre, dans l’intimité du paysage. En son creux, éprouver le monde, se confronter à sa réalité, à la réalité de son caractère éphémère, non inépuisable, prendre conscience de sa fragilité, chercher sa place, la sienne à soi, dans ce monde, et celle de l’autre, de l’autre soi. Peindre la fragilité, fabriquer mes couleurs devient alors une évidence. Rompre avec une pratique non responsable, polluante, aller à l’essentiel, inscrire mon histoire dans une continuité, dans celle de l’humanité, dans celle plus générale de notre planète. Peindre, fabriquer mes couleurs… J’ai abandonné l’acrylique, et n’ai jamais utilisé de tubes d’huiles déjà préparées. ll faut juste que je le fasse, avec mes propres émotions, mon propre ressenti, mon envie. C’est pour moi une nécessité, un besoin, une façon d’aller au bout, au fond, d’être pleinement au monde. Fabriquer mes couleurs, acheter des pigments ne suffit plus, il faut impérativement aller les chercher, les choisir, en fonction du lieu où je vis, des lieux où je passe… Regarder d’abord au plus près de soi… La maison, la cheminée, la cuisine et puis le jardin. Récupérer la cendre de l’âtre, fouiller le tiroir aux épices, sentir, creuser dans le jardin. Et puis aller un peu plus loin, partir en vélo, dans les vignes, en bord de Cher, de Loire ou d’Indre. Gratter à nouveau, creuser, fouiller, extraire la terre, aller chercher le tuf et le limon, l’ocre, l’aubuis et la perruche, récolter pour mieux s’ancrer au lieu, s’y reconnaître, s’inscrire dans son histoire, un peu de terre  prélevée, séchée, tamisée, étiquetée. Prélever aussi quelques sauvages. Fabriquer mes couleurs, faire le lien, le liant entre présent et passé, patiemment, lentement, avec détermination, tamiser la terre récoltée, la broyer, sans relâche, jusqu’à obtention d’une poudre plus ou moins fine que je pourrai mélanger à de l’huile de noix. Broyer la terre, les végétaux, broyer la douleur aussi, la mienne et celle de tous les autres, retrouver par ce geste ce rien d’humanité. Mélanger à la terre la cendre, les végétaux, les épices, d’ici ou de plus loin, retrouver par un langage unique la multitude des autres, s’enrichir par la diversité et faire partie d’un tout tout en restant soi -même. Trouver sa place.